Lecture – S’enfuir

6 juin 2017

A priori, je ne dois plus vraiment vous présenter l’auteur de cette magnifique bande dessinée. Si son nom ne vous dit rien, je peux vous citer « Chroniques birmanes », « Le guide du mauvais père », « Pyongyang » et cela devrait un peu vous éclairer. Si vous aimez la bande dessinée, j’en conviens. Bref, Delisle nous a habitué à voyager, à apprendre, à découvrir des cultures, des pays et des régimes politiques. Nous sommes plus ou moins dans les mêmes thèmes, sauf que ce que vous vous apprêtez à lire aurait pu se passer dans toutes sortes d’endroit dans le monde.

S’enfuir raconte l’histoire de Christophe André. Oui, Delisle n’est plus observateur de son quotidien pour raconter un pays. Cette fois, il part de l’histoire d’un autre. Qui est-il ? Christophe André est un humanitaire français enlevé en Tchétchénie en 1997 et retenu durant 111 jours. Le livre commence avec son enlèvement, on ne sait pas très bien ce qu’il fait, pourquoi il est enlevé, et finalement, cela a, dans l’histoire, relativement peu d’importance. Delisle fait preuve d’un talent impressionnant pour nous plonger durant 400 pages dans une seule et même pièce ou presque, sans nous ennuyer.

On rentre dans l’histoire immédiatement, on vit cette détention presque comme si on était dans la pièce avec lui. On redoute qu’il lui arrive quelque chose, on comprend vite ses mécanismes de pensée, de survie. On ressent la longueur, l’absurdité du fait, le temps qui pèse. On ressent une lassitude ou un étouffement avec la répétition de ces journées semblables sans but.

Paradoxalement, tout ce vide se ressent forcément aussi. En effet, nous n’avons pas beaucoup de matière pour nous accrocher à l’otage, à ses ravisseurs ou à l’histoire. Il se fait que cela ne se ressent pas quand on le lit. On a envie de savoir si demain est sa dernière journée, on a envie de comprendre pourquoi lui. Et finalement, une fois le dénouement proposé, ces personnages nous quitte, ce livre nous quitte. C’est donc mon petit bémol, la force de la lecture par rapport à ce qu’elle laisse ensuite.

Coline

S’enfuir, Guy Delisle, Dargaud

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